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Habitat partagé et économie solidaire

« Les gens se sentent seuls parce qu’il construisent des murs plutôt que des ponts ». Cette belle phrase de Katleen Norris pourrait, à elle seule, traduire le renouveau de l’habitat partagé. Parcours au sein d’un collectif constitué au cœur de la Drôme.

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Christiane fait partie des 10 foyers qui ont décidé l’aventure du « vivre ensemble » au sein du projet « Habiterre », sur les hauteurs de Die en Drôme. « Je portais depuis longtemps ce désir d’habitat « idéal » au fond de moi. Partager un lieu écologique, un lieu de solidarité, de mixité sociale et inter-générationnel me parait être une réponse pertinente face au schéma dominant caractérisé par la maison pavillonnaire, individuelle, souvent tristement fermée à l’autre ».

Myriam et Fif sont intermittents du spectacle. A l’issue de la rencontre avec Marc et Maryno, les initiateurs du projet, leurs regards se sont croisés.  Sans se concerter, ils avaient l’un et l’autre choisis de s’embarquer dans cette belle utopie. « Nous voulions  vivre dans un projet d’échanges, tout en gardant notre intimité. Ce sont les rencontres, les gens, l’humanité des relations qui nous intéressent. Bien au delà du rêve de posséder son chez-soi ».

Christiane, Myriam, Fil et les 27 autres Habiterrois préfigurent cette nouvelle dynamique de coopération, de  reliance qui voit lentement le jour en Europe, en réaction à des décennies d’individualisme et de concurrence forcenés.

En recherche de Haute Qualité de Vie

L’habitat groupé est né au début des années 70 en Scandinavie. A la base, des familles voulaient s’offrir un mode de vie plus solidaire, basé sur l’échange de services tels que la préparation des repas, la garde des enfants, l’entretien des jardins. Qu’ils s’appellent « wonenhuis » aux Pays-Bas, « cohousing » dans les pays anglo-saxons, « éco-hameaux, éco-villages, habitat groupé ou partagé » en France, l’idée est toujours de cohabiter de façon souriante en partage de valeurs communes. Chacun possède sa maison ou son appartement, gage de la préservation de son intimité familiale. A cette recette de base, chaque collectif y ajoute, selon l’orientation de son projet, un gros zeste de partage des tâches, plusieurs gouttes de matériel en commun, des grandes pincées de loisirs partagés. Son moteur est écologique, humain et économique. « L’énergie collective transcende les qualités de chacun, multiplie l’audace et la foi qui nous manquent parfois quand nous nous retranchons dans notre individualité. Nous sommes capables de déplacer des montagnes si nous activons la confiance » nous explique Maryno. Cette dynamique s’appuie également sur une diminution potentielle des coûts par la mutualisation de certains postes de dépenses : achat du terrain, production d’énergie, assainissement, potager…

Habiter ensemble nécessite toujours d’avoir une vision de la vie basée sur l’échange plus que la possession. Elle demande écoute, sens du partage, respect de la vie, de l’autre avec ses différences.

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De rencontres en rencontres

L’histoire d’Habiterre est née de rencontres et de confiance. Rencontre avec Joël et Pascale, installés depuis longtemps au Québec. Rencontre ensuite entre Marc, Maryno et un propriétaire terrien, Mr Borel, qui d’emblée est séduit par le projet et son ampleur philosophique. Rencontre enfin avec Alain et Odile et leurs 4 enfants. « Nous étions installés depuis 10 ans dans la belle vallée de Quint, dans un village situé à 12 km de Die, la ville la plus proche. Malgré un tissu social intense, nous avions envie d’autre chose, d’une vie différente pour diversifier nos rapports aux autres. Les enfants grandissant, nous cherchions également à nous rapprocher de Die, là où sont le collège, le lycée, les activités sportives et culturelles. Il nous est surtout apparu très rapidement qu’Habiterre pouvait devenir une merveilleuse aventure humaine ».

Activateur de compétences

Joël et Pascale mettent au service du groupe leur expérience dans la finance et l’économie solidaire acquise au Québec. Ils géreront le juridique et le financement. Alain et Odile seront les activateurs du tissu social local. Marc fera partager son savoir en gestion de groupe et de projets. Maryno sera le pilier de l’écriture du projet. « Habiterre est depuis le début une caisse de résonance des compétences individuelles mises au service du groupe » nous confie Alain. « Chacun y trouve sa place avec bienveillance ».

Valoriser sans spéculer

Le groupe aurait aimé créer une coopérative d’habitants. Un entretien avec un directeur des services fiscaux démontre que cette voie s’avère trop fragile. Le groupe opte dès lors pour une sage SCI classique à laquelle est adossée une charte coopérative où sont définies les valeurs ainsi que le mode de gouvernance. Personne ne possède de biens immobiliers en nom propre. Les Habiterrois sont seulement propriétaires de parts.

Le financement d’un tel projet est complexe car il sort du cadre hypothécaire traditionnel offert par les banques traditionnelles. La NEF accepte de jouer le jeu. Les membres occupants assurent collectivement le coût de construction des logements. La maison commune est financée par un appel à l’épargne solidaire. Et ça marche ! A ce jour, près de 250.000€ ont été récoltés auprès d’amis, de voisins ou de simples citoyens. Preuve en est que la mondialisation ultralibérale n’a pas fait disparaître le mot « solidarité ».

L’accès à des parts se fait également par le travail. Cela permet aux habitants plus modestes de suppléer une partie des moyens financiers par du temps consacré au chantier de construction.

Toute forme de spéculation a été exclue. Un occupant qui quitte  Habiterre aura toutefois les moyens financiers de construire un bien de même surface. « Nous voulons donner les moyens à chacun d’accéder à un logement et également lui donner la permission de partir sans le mettre en danger, ni mettre en danger le groupe » m’explique Marc. Ainsi, les biens sont réévalués de façon permanente selon quelques critères, dont l’évolution du coût de la construction.

Habiterre pratique en un coup d’oeil

- 10 entités familiales, dont 18 adultes et 12 enfants, de 9 mois à 62 ans

- Un terrain de 5000 m2, 5 maisons composées chacune de 2 logements séparés

- Une maison commune composée d’une large salle d’activités et d’une cuisine collective ainsi que 2 chambres d’amis, une buanderie, une salle d’eau accessible aux personnes en fauteuil

- Des choix techniques écologiques : structure bois, isolation naturelle, chaufferie au bois déchiqueté, ECS solaire, performance thermique du niveau « basse consommation », revêtements, peintures et enduits sains

- Postes de dépenses mutualisés : le terrain, la maison commune, la chaufferie, les panneaux solaires, l’eau, les parkings, le potager, le verger et une grande partie des abords, l’électricité, l’assainissement, le four à pains, l’atelier de bricolage

- Coût moyen : entre 1900 € et 2000 € TTC par m2 habitable, du gros œuvre jusqu’aux peintures, y compris le terrain et tous les autres frais

- Épargne solidaire : à ce jour 250 000€ ont été collectés. Le groupe espère atteindre le demi million d’ici fin 2012


Source: kaizen-magazine.com

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