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Les Earthships

Des « maisons poubelles » ou des habitats du futur ?

Il y a trente ans de cela, Michael Reynolds était vu comme un fou furieux décidé à bâtir des habitats en canettes de bières. Néanmoins, la créativité et l’opiniâtreté de celui-ci, le conduisirent à expérimenter une nouvelle manière de concevoir l’habitat. Aujourd’hui, il figure parmi les architectes les plus  influents et novateurs de son temps.
L’objectif était de construire des maisons durables et auto-suffisantes à la portée de tous.
L’idée de Michael Reynolds part du constat suivant : l’homme vit dans des habitats dépendant des ressources en eau et en énergie qui lui sont octroyées via de coûteux et inefficients réseaux centralisés. Ce dispositif, en plus de rendre ces habitats vulnérables, épuise les ressources naturelles de notre planète (nappes phréatiques, charbon, pétrole…). A mesure que ces ressources disparaissent une nouvelle ressource produite par l’homme s’amasse en quantité abondante : les déchets. Aussi et après plusieurs expérimentations, les matériaux retenus pour la construction des Earthships actuels sont les bouteilles de verre, les canettes, et les pneus.

Visite guidée d’une maison Earthship :

Avant de construire votre maison Earthship, faites le tour des garages ! Vous y trouverez une mine d’or pour presque rien : des pneus. Il n’y a rien de plus facile à récupérer que des pneus usagés. Michael Reynolds les qualifie même de « ressource naturelle » tant ils sont innombrables dans ce pays, et ce monde, de l’automobile triomphante. De plus il est compliqué de les recycler, et la plupart des garagistes cherchent à s’en débarrasser. Surtout le pneu possède bien d’autres avantages, à commencer par sa solidité. Les pneus bourrés de terre deviennent ainsi des briques de 150 kilos, qui assemblés par du ciment constituent d’excellents murs porteurs. Enfin les propriétés du pneu en font un allié indispensable de ces maisons modernes : résistance au feu et régulation thermique.

Au dessus des pneus, s’empilent canettes et culs de bouteilles vides. Ceux-ci n’ont pas de propriétés particulières mais, également présents en quantité abondante, ils forment de bons composants pour bâtir les murs. Et puis, une fois recouverts ou ornés d’adobe rouge, jaune ou orangé, ils contribuent grandement à l’esthétique de la maison.

La fin de vos factures d’eau et d’électricité… une utopie ? Pas pour les habitants d’un Earthship. Une fois les murs édifiés, les maisons Earthship s’équipent de différents systèmes de recyclage et traitement des eaux, de production et transformation d’énergie, afin d’assurer leur indépendance. L’eau provient des pluies, elle est stockée et filtrée sur place afin d’être bue et utilisée pour la cuisine, la douche, puis l’arrosage du potager intérieur et enfin pour la chasse d’eau. Les eaux usées sont traitées et alimentent les jardins extérieurs. Les Earthships produisent leur propre électricité via le solaire et l’éolien, celle-ci est stockée dans des batteries et couvre ainsi l’ensemble des besoins électriques de la maison. Pas de chauffage ou de climatisation. Grâce aux pneus, la température des maisons Earthship reste la même toute l’année quelque soit le climat, assurant ainsi un bon niveau de confort. Enfin avec les fruits et légumes cultivés dans votre jardin intérieur,  la nourriture bio est à portée de main !

Après des années de recherches et d’expérimentations, la maison Earthship rêvée par Michael Reynolds est désormais fonctionnelle et sécuritaire pour l’usager. Si le concept Earthship est aujourd’hui des plus prometteurs, la réalisation de ces différentes constructions ne fut pas si simple. Non pas qu’il soit compliqué de bâtir un Earthship, mais parce que cela effraie encore les pouvoirs publics. Le premier des combats de Michael Reynolds fut et reste toujours celui du droit. Depuis ses débuts, la vie de l’architecte a été rythmée par des batailles juridiques pour l’obtention de permis de construire, l’installation de panneaux solaires ou de circuits d’eaux. Cela lui coûta même son diplôme d’architecte, qui lui fut retiré ! Pour mettre sur pied les Earthships modernes d’aujourd’hui, Michael a le plus souvent dû construire dans l’illégalité ou bien estampiller ses construction sous le signe de « l’expérimental ». Afin d’assouplir la législation en vigueur, Michael a dû convaincre de tout l’intérêt et de l’efficacité de ses constructions. Et pour, cela il entreprit de le faire à l’extérieur des Etats-Unis.

Des USA…jusqu’en Normandie. En passant par Haïti.

Des Earthships, on n’en compte pas seulement à Taos… mais bien dans le monde entier. Aujourd’hui plus de 1000 Earthships se trouvent répartis aux quatre coins de la planète. Afin de diffuser son modèle, Michael Reynolds créa Earthship Biotecture, organisation chargée de dessiner et d’exporter le modèle Earthship. Aujourd’hui l’organisme compte 20 salariés chargés de la construction, et 10 autres employés composant l’équipe administrative.

En Europe, le phénomène ne s’est pas fait attendre, en 2000 le premier prototype expérimental Earthship fut réalisé à Strombeek en Belgique. Suivirent l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Ecosse, et enfin tout récemment en 2007 la France… dans le petit village normand de Ger !

Mais ce n’est pas tout, l’hyperactivisme de Michael Reynolds a poussé celui-ci vers d’autres terres, celles de la solidarité. Avec son équipe et des maçons bénévoles, l’architecte conçut et mit sur pied des Earthships dans des zones frappées par des catastrophes naturelles. En Indonésie, à la suite du tsunami, l’équipe de M. Reynolds avec le soutien de la population locale construisit plusieurs maisons Earthship en moins de 5 semaines. Plus récemment encore, l’équipe d’Earthship mena un projet de reconstruction en Haïti suite au séisme de janvier 2009.

Les Earthships offrent le grand avantage de pouvoir être battis n’ importe où. Notre monde globalisé produit un peu partout des bouteilles vides, canettes et pneus usés. Après les catastrophes, les déchets se trouvèrent en grande quantité, et en Haïti, les municipalités contribuèrent au ramassage. Autre avantage majeur des Earthships, ils résistent plus que n’importe quelle maison conventionnelle aux forces naturelles. « Nos ingénieurs ont mis à l’étude différents Earthships, et ont déterminé que la structure était assez résistante pour supporter un tremblement de terre. » nous affirme ainsi Irma Thomas, employée dans l’équipe administrative.

Aussi, afin d’être totalement efficients, ceux-ci s’adaptent aux spécificités des terrains et climats.

Aujourd’hui, en plus de ces constructions, l’effort d’Earthship Biotecture repose en grande partie sur un travail d’éducation. « Nous allons ouvrir une école Earthship à l’automne prochain. Nous espérons pouvoir intéresser et former d’autres personnes afin qu’ils puissent  ensuite construire leur propre Earthship dans leur région. ».


A quand votre propre Earthship ?

Earthship met en évidence une donnée fondamentale : nous sommes aujourd’hui en mesure de construire des habitats autosuffisants en eau et énergie, écologiquement durables, à un coût similaire au marché conventionnel, et avec le même degré de confort.

Pourquoi alors ne pas sauter le pas ?

En 2007, la maison Earthship construite à Ger fut la première en Europe à disposer d’un permis de construire officiel et de toutes les autorisations légales pour l’autoproduction de ses ressources en eau et énergie. De quoi ouvrir la voie à une remise en question de la conception de nos habitats traditionnels en France.

Vous désirez construire votre propre maison Earthship ? Rien de plus facile.

« Les techniques de construction sont très simples et peuvent être mises en pratique rapidement avec un peu d’expérience. De plus, cela ne nécessite aucun engin de construction» nous explique Irma Thomas. Concernant les systèmes de filtrage de l’eau ou de production d’électricité,  Earthship Biotecture a tout prévu, et Irma nous répond: « Nous pouvons vendre ces systèmes, comme des kits, pour votre propre maison. Ils sont simples à installer ». En l’an 2000 fut fondé Earthship Biotecture Europe, et plus récemment Earthship France. Inutile donc d’importer du bout du monde vos kits Earthship, ils sont disponible non loin de chez vous. Et puis il est fort à parier que vous serez épaulés dans votre aventure par des membres de l’équipe Earthship, et certainement par des bras bénévoles, curieux d’apprendre eux aussi ces nouvelles techniques de construction.

Sortez de votre tiroir votre dernière facture EDF, et regardez là avec détermination et nostalgie. Il est temps pour vous de l’encadrer, avant que celle-ci ne soit plus qu’un lointain souvenir.

Pour aller plus loin :

Avez-vous un éco comportement ?