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Gestion restauratoire

La gestion restauratoire est un mode « proactif » de gestion, mis en œuvre par un gestionnaire ou un réseau de gestionnaire sur des milieux dégradés (naturels, semi-naturels, industriels ou urbains) avec l'objectif d'y restaurer labiodiversité, le bon état écologique, un paysage de qualité ou un état disparu (milieu ouvert ou boisé, humide, ou naturellement acide par exemple, etc.).

Il peut aussi s'agir de restaurer non pas un milieu, mais une perturbation (imitation d'un chablis ou d'un petit incendie pour créer une clairière) une ressource, avec à titre d'exemple : une ressource halieutique, la ressource en eau, ou le paysage en tant que source d'aménités et de qualité de vie….

Dans le domaine environnemental, l'objectif premier est la renaturation, que le gestionnaire cherche à faciliter et accélérer en utilisant des techniques de génie écologique. Il s'agit donc d'un mode de gestion intentionnelle (« gestion pro-active », qui doit faire l'objet d'une réévaluation constante au vu des résultats, analysés via des indicateurs environnementaux). En France la gestion intentionnelle est définie comme « l’ensemble des « initiatives qu’un acteur spécialisé entreprend, dans le contexte d’une situation de gestion effective, pour faire évoluer l’état du milieu dans un certain sens » , la gestion effective étant « le mode de conduite du milieu telle qu’il résulte de l’ensemble des actions humaines qui l’affectent »».

Si après la phase de restauration, le milieu ne peut être auto-entretenu, ce mode de gestion est habituellement suivi d'une phase de gestion conservatoire, s'appuyant sur un plan de gestion (de la ressource qu'on veut protéger, du paysage, des habitats…) et sur un dispositif de suivi et d'évaluation et parfois de protection (protection foncière, réserve naturelle, etc.).

Lieux et exemples d'application

La gestion restauratoire peut concerner :

  • le domaine de la protection de la nature est celui qui utilise et développe le plus ces techniques souvent recommandées ou imposées dans les plans de gestion de milieux « naturels », forêts faisant l'objet d'une gestion durable.
  • des mesures restauratoires ou mesures compensatoires imposées dans le cadre d'une enquête publique à la suite des conclusions d'une étude d'impact, souvent dans le cadre de travaux publics (urbains, routiers, voies ferrées, creusement decanaux, construction de barrages..) ou d'aménagement foncier agricole et forestier).
  • certains espaces forestiers (pour obtenir un écolabel de type FSC par exemple)
  • certains espaces agricoles (par exemple dans le cadre d'une reconversion d'exploitation vers l'agriculture bio ou pour la restauration de prairies, bocage ou bandes enherbées plus riches en biodiversité et/ou fonctionnellement plus efficients pour la protection de l'eau ou la restauration d'un sol plus humique et stable face à l'érosion, salinisation, eutrophisation ou à la régression et dégradation des sols…)
  • le domaine halieutique, où il s'agira alors de restaurer des stocks viables de poissons (morue) ou autres organismes (crustacés, coquillages, algues) exploités en mer ou en eau douce, de manière à permettre une pêche plus durable. Les gestionnaires s'appuient alors sur des réintroductions (saumons, esturgeon…), ou des confortements de populations (à partir d'élevages conservatoires ou de prélèvements faits dans la nature). Des récifs artificiels, des restaurations expérimentales de milieux (ex : récifs reconstitués de manière accélérée par accrétion minérale électrolytique et de nombreux dispositifs de protection complémentaires (réserves naturelles, quotas etc.) peuvent compléter le dispositif.

Dans tous les cas, c'est un mode de gestion qui vise à accélérer les processus de cicatrisation du paysage ou du milieu.

Contenu, méthodes

La gestion restauratoire cherche à imiter les processus naturels de résilience écologique, par exemple en restaurant en premier lieu un stade espèces pionnières (par ensemencement, expression de la banque de graines du sol, voire éventuellement avec la réintroduction d'espèce localement disparue) pour faire évoluer le milieu vers un stade d'auto-entretien plus naturel. Pour s'adapter aux milieux et à leur évolution, c'est nécessairement une gestion différentiée.

Paradoxalement pour le public, le gestionnaire chercher aussi à ponctuellement (dans l'espace et dans le temps) restaurer des processus (locaux) de dégradation du milieu ; érosion favorisant les cailloutis, coupe forestière ou incendie contrôlé visant à localement restaurer les clairières, scrappage visant à déseutrophiser le milieu et/ou à remettre à jour les graines enfouies depuis plusieurs décennies, tuer des arbres pour restaurer la ressource en bois mort nécessaire aux communautéssaproxylophages, etc.).

Quand les grands herbivores ont disparu, le gestionnaire utilise des moyens mécaniques (pour la fauche avec exportation par exemple) et peuvent utiliser des auxiliaires vivants tels que moutons, bovins, chèvres, chevaux, ânes, etc. qui entretiennent le milieu en y dispersant des graines et propagules de nombreux organismes d'une manière proche de celle d'animaux sauvages. Lièvres et lapins peuvent contribuer à entretenir des zones de landes ou pelouses rases, etc.

Réintroduire de la complexité dans un milieu homogénéisé  par l'Homme

Même si l'homme est cause de dispersion de nombreuses espèces devenant souvent invasives dans leur nouveau milieu, les activités et déplacements humains ont surtout été de puissants facteurs d'homogénéisation (paysagère, mais aussigénétique, taxonomique et fonctionnelle ), très défavorable au maintien de la biodiversité. En favorisant les espèces ubiquistes au détriment des espèces spécialistes, beaucoup plus variées, l'homogénéisation anthropique du Vivant (Biotic homogenization pour les anglophones ) a des impacts graves, immédiats et différés, notamment sur les processus écologiques et évolutifs .
Des écologues  plaident pour que l'on étudie mieux les implications de cette homogénéisation pour la conservation et pour que l'on promeuve rapidement une gestion restauratoire et adaptative, proactive, qui engage de manière mieux maîtrisée la composante humaine du 'mélangeur anthropique' qu'est devenu l'Homme pour le biote planétaire .

Réintroduire des espèces comme auxiliaires de gestion

Ce mode de gestion peut - après évaluation scientifique - s'appuyer sur la réintroduction d'espèces fonctionnellement importantes (le castor par exemple, pour sa capacité à restaurer et entretenir des zones humides, des insectes pollinisateurs, lessymbiotes d'espèces que l'on voudrait restaurer, etc.

Remplacer certaines espèces disparues ?[modifier | modifier le code]

Des scientifiques songent à remplacer certaines espèces « récemment » disparues (grands herbivores, grands carnivores) qui jouaient des rôles fonctionnels et écopaysagers essentiels quand leurs fonctions écologiques ne peuvent être remplacés par une gestion restauratoire par l'homme. Ils envisagent d'expérimenter (en milieu confiné) des introductions telles que celle du lion ou de l'éléphant africain en Amérique du Nord pour respectivement « remplacer » le lion des cavernes et les espèces de mammouths qui n'ont pas survécu à la chasse préhistorique.

Les acteurs

Ce sont au niveau international l'ONU via le PNUE et la FAO par exemple, et dans le cadre de la convention mondiale pour la biodiversité, mais avec une tendance à rapprocher les actions de lutte contre la désertification et de protection du climat à ce thème (projet présenté à la convention de l'ONU pour la biodiversité à Nagoya en 2010, dans le pavillon de la biodiversité).

Des échelles émergentes existent, avec des sous-ensembles plus ou moins proche de certaines échelles biogégographiques, avec notamment l'Union européenne, le réseau AEWA, le réseau écologique paneuropéen, les le G 77, la zone ducorridor écologique méso-américain, qui développent leurs propres stratégies de gestion, protection et restauration de la biodiversité, en lien avec l'ONU.

Les gouvernements et de nombreuses agences y contribuent aux échelles nationales, ainsi que les régions et communautés locales où doivent concrètement s'appliquer les stratégies d'aires protégées et de restauration de réseaux écologiques

Les gestionnaires d'aires protégées s'appuient sur des réseaux scientifiques, des conseils scientifiques et les retours d'expérience pour améliorer leurs savoirs et savoir-faire. Enfin le tissu associatif local d'ONG est à l'origine de la plupart des projets et réalisation d'aires protégées.

Efficacité et limites

L'évaluation écologique des actions de restauration écologique s'est développée au fur et à mesure des retours d'expérience. Elle a montré une efficacité des mesures de restauration, mais contraintes par certaines limites.

Évaluation : Par exemple, une récente méta-analyse  de 89 opérations de restauration écologiques faites dans un large éventail d'écosystèmes à travers le monde a montré une efficacité certaine : En moyenne, la biodiversité a progressé de 44 % et les services écosystémiques de 25 %. Cependant, les valeurs pour ces deux critères restaient faibles si on les compare aux écosystèmes intacts de référence. Les auteurs ont conclu que la restauration de la biodiversité peut effectivement concourir à améliorer le niveau se services écologiques, notamment dans les écosystèmes tropicaux terrestres, avec les limites précisées ci-dessous.
Pour le domaine marin, d'autres auteurs  estiment qu'il est urgent d'au moins tenter une restauration globale des pêcheries, à échelle mondiale. Il faut pour cela restaurer les écosystèmes marins. Or, dans 5 des 10 écosystèmes bien connus en 2009, la productivité de la pêche était en déclin . Dans sept de ces écosystèmes, le niveau de surexploitation des ressources était atteint ou dépassé. 63 % des stocks de poissons ayant fait l'objet d'une évaluation dans le monde nécessitaient unplan de restauration, et des taux d'exploitation encore plus bas étaient nécessaires pour enrayer l'effondrement des espèces vulnérables. L'activité de pêche peut être combinée à des objectifs de conservation via le regroupement d'actions diversifiées de gestion restauratoire, incluant des interdictions et restrictions de capture et une adaptation des engins de pêche, en fonction du contexte local (qu'il faut donc suivre). L'impact des flottes internationales de pêche et l'absence de réelles alternatives à la pêche compliquent les perspectives pour la reconstruction des pêcheries dans beaucoup de régions pauvres, en soulignant la nécessité d'une perspective mondiale sur la reconstruction des ressources marines .

Limites : On en a décrit plusieurs :

  • Ce sont d'abord des seuils quantitatifs qu'il est impossible à ce jour d'atteindre.
  • Ensuite tout milieu naturel est en grande partie le produit des espèces qui y vivent ; la disparition définitive de certaines espèces, et en particulier de grands herbivores et grands carnivores, ou d'espèces plus modestes telles que les pollinisateurs peut donc y empêcher une restauration des états antérieurs.
  • De même, là où les pluies elles-mêmes sont facteur d'eutrophisation à cause de leur teneur en azote d'origine agricole ou provenant de la circulation automobile (oxydes d'azote émis par les pots d'échappement), la restauration de milieux réellement oligotrophes (milieux à haute biodiversité en général) est difficile sans actions de gestion importantes, qui diminuent la naturalité du site.

Des travaux scientifiques sont en cours dans divers pays pour évaluer la possibilité d'en quelque sorte remplacer certaines espèces disparues par d'autres introduites à partir d'une autre région (le mammouth en Amérique du Nord, par l'éléphant d'Afrique par exemple).

 

Source; Wiki