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Quand les SDF s’auto-organisent

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Aide-toi et le ciel t'aidera. Tel pourrait être la devise de l'association Alice qui aide les SDF de la côte d'azur à s'auto-organiser, de la gestion d'un lieu de vie collectif à l'organisation de l'aide alimentaire pour d'autres sans-abris.

4 caravanes, un bloc sanitaire et une table où cinq personnes discutent autour d’un café. On pourrait croire que ce bout de terrain situé près de Fréjus est un camping occupé par des citadins venus chercher les derniers rayons de soleil de l’été. En réalité, tous sont SDF et ont passé entre quelques mois et quelques années à la rue avant d’atterrir ici.

Contre un dédommagement pour l’eau et l’électricité, ils occupent le terrain de Roger*, qui lui-même a « connu la galère ». Il a commencé à prêter sa caravane à des potes après les inondations qui ont ravagé la région en 2010. Puis, partant du constat qu’il y a « plein de gens dans la merde », il a décidé de louer son terrain à des sans-abris. Et même si les hivers sont parfois rudes, « il vaut mieux être dans une caravane qu’à la rue », estime Fabien, arrivé ici il y a un mois et demi.

Surtout que ce campement n’est pas seulement un dortoir, c’est également un lieu de socialisation entre plus démunis. Jérôme, ancien maître d’hôtel qui s’est retrouvé sans ressources suite à un licenciement, loue la « bonne convivialité » qui règne sur ce terrain : « Tous les matins, on prend un café tous ensemble. On fait aussi des barbecues, des pokers, des soirées guitares et les enfants passent de temps en temps », raconte-t-il.

 

Du concret !

La plupart des « locataires » du lieu sont passés par Alice (Association pour le Logement, l’Insertion, la Citoyenneté et l’Entraide) qui « accompagne les projets des exclus » du Var. Par son approche pragmatique, cette association créée en 2003 se démarque des structures classiques d’aide aux sans-abris. « Militer c’est bien. Mais il y a des actions concrètes à faire. Il y a des gens qui cherchent un terrain, d’autres qui en ont. Il suffit de les mettre en relation », plaide Sylvain, président d’Alice. Mais dans le Var, département où, selon lui, « même les smicards se donnent l’apparence de bourgeois », rares sont les habitants disposés à prêter leur terrain à des SDF.

Faute de volontaires suffisants, les sans-abris squattent donc sans autorisation. C’est à ce moment là que l’association intervient : « Quand un terrain est squatté, on va voir les proprios en proposant une médiation et en montrant ce qu’on a fait ailleurs », explique Sylvain. Le deal est le suivant :  « ils restent un an et rendent le terrain propre. Certains demandent une contrepartie pour l’eau et l’électricité, d’autres non ». En cas d’accord, une convention est signée entre le propriétaire, les SDF et Alice qui s’engage à accompagner les sans-abris et à gérer les nuisances. « On glisse des flyers dans les boites à lettres des voisins pour leur expliquer la situation et leur dire de nous contacter en cas de problème », ajoute cet ancien entrepreneur du BTP.

 

Pour convaincre les propriétaires, l’association s’appuie sur ses expériences passées, notamment le cas d’un terrain de 800 m² rempli de détritus nettoyé et aménagé par des sans-abris . Fabien raconte par exemple ce qu’il a fait pour « rendre plus accueillant » le terrain qu’il occupait précédemment : « Je sais bricoler. Alors j’ai construit une jardinière, fait un potager et réparé l’évacuation de flotte », énumère-t-il. Sylvain cite également le cas d’une convention signée suite à une occupation illégale : « le propriétaire a vu que ça se passait bien, alors il a accueilli un deuxième SDF ».

 

Alternative aux hébergements d’urgence

Et ces arrangements profitent également aux riverains. Lors d’un procès engagé par une propriétaire « les voisins qui étaient hostiles au départ ont témoigné en faveur des SDF, raconte Sylvain. C’est grâce à l’entretien du terrain qu’on a gagné leur confiance. Ils ont également dit qu’ils préféraient savoir les SDF là que dans la rue« .

En ce moment, 5 conventions sont signées avec des propriétaires. Sylvain voit ce type de contrats comme une alternative à l’aide d’urgence classique. « Ça couterait moins cher à la société d’accompagner des démarches comme celle-là que de payer 3 000 € par mois pour loger une famille dans une chambre d’hôtel sordide ». Pour autant, il ne considère pas que l’accession aux caravanes pour des SDF soit une fin en soi, c’est pourquoi l’association accompagne aussi la sortie des squats des anciens sans-abris et les épaule, s’ils le désirent, lors de leurs rendez-vous avec la CAF, les juges ou Pôle Emploi.

Conscient que la mise à disposition d’un campement autogéré ne résout pas les causes de la misère, il affirme néanmoins que cette option « leur permet de se reconstruire ». « Ça m’a permis de prendre un peu de recul, d’avoir le temps de réfléchir et de penser un peu à moi », confirme Jérôme. Sylvain est persuadé que « la vie collective est propice à l’entraide qu’on ne retrouve pas forcement dans la rue. Dans les foyers d’hébergement, ils communiquent moins », argue-t-il. À l’inverse, sur les terrains occupés, des mécanismes de solidarité se mettent en place. « Ils s’invitent à bouffer, rendent visite à ceux qui sont à l’hôpital, se prêtent de l’argent ou des cigarettes en fin de mois. C’est un peu comme dans une famille », relate Sylvain.

 

L’entraide entre démunis

La maison en attente de rénovation

La maison en attente de rénovation

L’entraide entre SDF est d’ailleurs au cœur de l’action de l’association. Comme beaucoup d’autres structures, Alice organise des maraudes et distribuent des repas chauds deux fois par semaine aux sans abris de Fréjus et Saint-Raphaël. Sauf qu’ici, SDF et bénévoles se relaient pour les collectes devant les grandes surfaces, la préparation des repas et les maraudes. Une implication qui redonne confiance aux protagonistes : « J’étais content de voir que je n’étais pas seul, de pouvoir rendre service et rencontrer d’autres gens. En faisant ça, je me sens utile », livre Jérôme.

L’association vient de récupérer un local délabré qu’ils vont remettre en état afin de disposer d’un espace de stockage pour les dons et d’un magasin solidaire (alimenté par des dons) qui permettra de faire rentrer de l’argent dans les caisses. Là aussi, les SDF seront partie prenante. Ils aideront à la rénovation de la maisonnette, à l’entretien du potager, à la collecte des dons et la préparation des brocantes. Une perspective qui rassure Jérôme : « Quand on n’a rien à faire, on se met devant la télé, on boit et on fume beaucoup et au final on se retrouve à la rue ».

En étant des acteurs de leur réinsertion et non de simples bénéficiaires de la charité d’autrui, les SDF accompagnés par l’association retrouvent leur dignité et font un pas vers l’indépendance. Certes, tous ne retrouveront pas de travail, d’ailleurs, tous ne le veulent pas. Mais le simple fait de retrouver confiance dans leurs capacités, de se sentir utiles et d’arriver à gérer eux-mêmes un espace de vie collectif suffit à leur redonner de la dignité. Comme le résume Sylvain, leur implication « leur permet de ne plus être considérés comme des exclus ».

 

Source: tourdefrancedesalternatives.fr

Le développement durable est une notion récente qui désigne des actions visant à concilier le monde de l'économie, avec celui de l'écologie et celui du social. Pour vous :