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Le bio redescend sur terre

Le marché des produits bio subit une profonde mutation. Sa croissance, si elle reste appréciable, semble vouée à se ralentir. Et la grande distribution s'apprête à s'arroger la moitié des parts de marché, au détriment, surtout, des indépendants hors réseaux.

 

C'est une étape qui n'a de symbolique que le nom. Disons que cela a le mérite d'être un chiffre rond. Le marché des produits bio alimentaires s'approche doucement des 4 Mrds € en France. Ce sera environ 3,7 Mrds € en 2011, c'était 3,4 Mrds € en 2010, selon l'Agence Bio. Soit, d'une année à l'autre, une croissance qui oscillera autour de 10%. Impressionnant, certes, et encore plus si l'on se réfère à 2005, où le marché du bio pointait royalement à 1,6 Mrd €.

Relativisons cette masse, pour considérable qu'elle paraisse. Le bio ne pèse par exemple que 2,6% des ventes de produits d'épicerie, en France. Une niche, une toute petite niche... Qui deviendra grande ? Le rêve, s'il reste d'actualité, est aujourd'hui avancé avec plus de prudence qu'autrefois. D'abord, parce que les croissances sont amenées à se tasser, même si elles restent bien sûr favorables à la catégorie. Ainsi, Xerfi, dans une étude se penchant sur les quatre prochaines années, voit la dynamique du marché grandement se ralentir, « pour plafonner à une croissance de 5% par an en 2015. » Ensuite, parce que le marché subit l'une de ces grandes transformations qui plongent l'ensemble des acteurs dans l'expectative. La phase du bio est en passe d'être bouleversée.

La grande distribution généraliste, qui s'arroge déjà 47% des ventes, voit le point de bascule se rapprocher : Xerfi prévoit ainsi que la barre des 50% de part de marché sera franchie, pour ce circuit, en 2015. À l'inverse, fort logiquement, le poids des spécialistes ne cesse de régresser : de 36%, aujourd'hui, contre 38% en 2005, il glissera à 30% en 2015, selon l'étude du cabinet Xerfi.


La vie est rude pour les indépendants

Avec, cependant, des destins différents selon que l'on opère en réseau - ceux-là s'en sortent, en se structurant et en s'organisant pour faire la chasse aux coûts inutiles - ou en indépendant. Pour ces derniers, la vie est rude, et cela ne s'annonce guère plus encourageant dans les années à venir. La faute à un marché qui n'accepte plus l'amateurisme. Rien de péjoratif dans ce terme : seulement l'expression des évolutions constatées. Dans un contexte de crise, et de concurrence exacerbée, chacun doit chercher à massifier ses volumes, améliorer ses flux logistiques et renforcer ses gammes. La condition sine qua non pour survivre.

Le tout sans perdre ses valeurs. C'est en réalité là l'essentiel du challenge à relever. Dans un marché où les stratégies de tous les acteurs s'affinent, la clarté du message délivré devient primordiale. Les hypermarchés voient le bio comme un bon outil pour créer du trafic, et misent sur des prix bas pour attirer de nouveaux consommateurs, avec maintenant des offres MDD à 1 €. Très bien. Ils jouent leur rôle - encore qu'il convient de ne pas faire n'importe quoi, et de ne pas oublier que, derrière le bio, se cachent aussi des notions de développement durable, pour ne pas dire d'éthique. Attention, donc, à ne pas plonger dans la facilité du « faux bio », certes peut-être labellisé, mais pas forcément synonyme de partage équitable de valeurs avec les producteurs.

Et attention, aussi, pour les spécialistes, à ne pas se laisser entraîner dans cette course au prix. Pas de panique quand il s'agit des « historiques » du marché, Biocoop, La Vie claire ou Naturalia. Ceux-là ont compris qu'ils avaient bien d'autres cartes à faire valoir : leurs qualités de conseil, de proximité avec leurs clients et de largeur de gammes. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, faire n'importe quoi avec ses étiquettes.

 

CHIFFRES

3,4 Mrds€ Le chiffre d'affaires des produits alimentaires bio en France en 2010

+ 10% La croissance estimée des ventes en 2011. Soit deux fois moins qu'en 2009

+ 5% Le rythme annuel de croissance attendu en 2015 par Xerfi

40% La proportion de Français ayant consommé des produits bio au moins une fois par mois en 2011. Une proportion qui était montée à 47 % en 2007

61% Le pourcentage de Français affirmant ne pas avoir le réflexe d'acheter des produits bio. Soit, quasi le même taux qu'en 2005 (62 %)

77% La part des Français estimant que les produits bio sont trop chers. Soit, là encore, quasi le même taux qu'en 2005

2,66% La part des ventes bio dans le total des ventes de produits d'épicerie en France

Source : Agence Bio (sauf mention contraire)

Source: lsa-conso.fr
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