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Ecologie: et si l'Allemagne était précurseur?

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De la poussée des Verts à l'abandon du nucléaire, Berlin ouvre la voie d'une performance écologique.

Avec un sens inné du défi industriel, l'Allemagne va devenir la première grande puissance économique mondiale à renoncer à l'énergie nucléaire. Une annonce qui fait l'effet d'une bombe de la part d'un pays qui a solennellement réaffirmé, lors de sa réunification, sa volonté de renoncer à jamais à l'arme atomique. Berlin proclame haut et fort sa ferme intention de mettre hors service tous ses réacteurs nucléaires d'ici à 2022, ce qui concerne 17 unités, dont trois pourraient néanmoins faire l'objet d'une extension de fonctionnement d'un an en cas de pénurie d'énergie. Les débats ne font que commencer quant aux aspects techniques, visiblement très complexes, et aux implications industrielles, absolument majeures, de cette décision. Mais, d'ores et déjà, la mesure apparaît comme un virage considérable qui confime combien l'Allemagne fait désormais cavalier seul.

Il y eut d'abord, en 2010, l'opposition d'Angela Merkel au sauvetage des pays européens jugés coupables de laxisme budgétaire et financier - attitude que la chancelière dut ensuite corriger. Puis l'abstention allemande (aux côtés de la Russie et de la Chine) au Conseil de sécurité de l'ONU lors du vote de la résolution 1973 concernant la Libye - ce qui n'a pas empêché Berlin de soutenir les déclarations européennes en faveur de cette résolution. Et maintenant, l'abandon total du nucléaire civil - qui survient, de manière contradictoire, après la prolongation de la durée de fonctionnement de sept centrales, décidée par Merkel en 2009, laquelle venait à son tour contredire la décision consensuelle du gouvernement Schröder visant la sortie du nucléaire à l'horizon 2020.

Difficile à suivre, sauf à décrire dans le détail les tensions politiques qui parcourent la coalition au pouvoir à Berlin. Nul doute que la catastrophe de Fukushima a pesé de tout son poids sur cette dernière volte-face de la chancelière. Faut-il que la pression de l'opinion publique ait été forte ! En l'occurrence, la contrainte populaire prend autant la forme de sondages d'opinion que de considérations électorales. Peu ou prou, 80 % des Allemands, tous partis politiques confondus, affirment leur refus du nucléaire civil, ce qui relève d'une opposition ancienne à l'atome, remontant à la guerre froide, augmentée d'un nouveau rejet engendré par le désastre japonais.

A cette angoisse s'ajoute la poussée des Verts (Grünen), qui sont les principaux bénéficiaires du dépit croissant suscité par les forces politiques traditionnelles, la CDU de Merkel (démocrates- chrétiens) comme le SPD (sociaux-démocrates), mais aussi le FDP (libéraux). Vainqueurs de deux scrutins significatifs, les Grünen ne cessent de marquer des points: en mars 2011, ils ont fait perdre à la CDU le Land de Bade-Wurtemberg, que ce parti dirigeait depuis six décennies ; le 22 mai, la CDU s'est retrouvée en troisième position à l'issue des élections régionales de Brême. Après tant de défaites, Angela Merkel prend les devants et annonce sa volonté de réduire les émissions de Co2 de 40 % d'ici à 2020, objectif qui dépasse tous les schémas européens.

Faut-il voir dans cette nouvelle donne verte une préfiguration de ce qui attend d'autres pays - on pense, bien sûr, à la France ? Ce serait sans doute préférable à la montée des populismes d'extrême droite que l'on constate un peu partout, sauf... en Allemagne (pour des raisons historiques évidentes). D'où la réflexion qui s'impose une fois que l'on a fini d'exposer les calculs politiciens et la propension de la chancelière à naviguer à vue. Et si l'Allemagne, forte de sa puissance économique, traçait une nouvelle voie qui s'impose peu à peu à ses partenaires ? Sur le plan industriel, l'ambition germanique est impressionnante, mais elle restera probablement isolée. Sur le plan politique, en revanche, la percée des écologistes pourrait faire école.

 

Source: lexpress.fr