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"L'Inhumain", un essai essentiel sur les fondements de l'humanité

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Comment un être humain peut-il sombrer dans l’inhumain ?”, interroge le philosophe Nicolas Grimaldi.

De Robert Antelme (L'Espèce humaine) à Primo Levi (Si c'est un homme), l'expérience concentrationnaire nourrit les réflexions les plus fortes sur la définition de l'humanité et de son envers, l'inhumanité. Pour le philosophe français Nicolas Grimaldi, rien n'est en fait plus humain que l'inhumain. C'est ce paradoxe apparent qu'il soulève et interroge.

"Comment des hommes ont-ils jamais pu agir envers des hommes comme s'ils n'en étaient pas ?", se demande-t-il dans une riche digression philosophique nourrie de ses lectures d'Antelme, Levi, Hannah Arendt, Christopher Browning, Sebastian Haffner (Allemand antinazi) et Stendhal.

L'autre au fondement de la question de l'humanité

Il n'y a qu'une seule cause de l'inhumain, avance Grimaldi : "Elle consiste dans le fait d'être si insensible à l'autre qu'il nous devient indifférent." Il y a à l'origine de l'inhumain "une sorte d'aveuglement". En ne reconnaissant pas son semblable dans l'autre, en refusant la possibilité d'un monde commun, l'homme ouvre la voie de l'inhumanité.

Car ce qui est humain dans l'homme, c'est de se sentir profondément uni à tous les autres, ne serait-ce que "par la pathétique détresse qui leur est commune". Pour Grimaldi, "l'humanité consiste à porter la vie des autres comme une partie de la sienne et à leur communiquer la sienne comme une partie de la leur".

Mais pourquoi et comment naît parfois en l'homme ce sentiment d'appartenir à une espèce différente qui le rendrait incompatible, au point de vouloir éliminer l'autre ? A l'origine d'une personnalité, avance Grimaldi, "il est vraisemblable qu'il y ait un choix originaire, secret, implicite, informulé, peutêtre même aussi inconscient qu'inavoué, par lequel chacun définit le type d'homme qu'il voudrait être, en l'ayant imaginé". Chacun d'entre nous se forme en effet "l'image d'un type humain" qui oriente et détermine la plupart de ses attitudes.

Nos réactions restent orientées et réglées par ce choix originel d'une certaine tonalité. Ce choix se construit notamment à travers la lecture, qui "nous fait vivre mille fois, avant que la vie nous y invite, les attitudes par lesquelles s'exprime l'humanité".

A chacun d'inventer sa propre humanité

Car l'humanité n'est donnée à aucun homme, il revient à chacun de l'inventer pour soi ; à la différence des autres espèces, l'humanité est "une tâche" : "Etre un homme, c'est sans cesse s'efforcer de l'être (...). C'est en imaginant ce qu'elle pourrait être que chacun choisit le modèle de la sienne."

Il existe donc autant d'humanités que d'individus : les diverses manières que chacun a d'envisager les rapports amoureux ou sociaux sont la trace de cette multitude. La grande question non élucidée, qui est aussi un défi politique, reste de savoir comment maintenir une communauté possible entre des individus "qui récusent d'avoir en commun aucune sorte d'humanité".

Dans une langue à la fois dépouillée et habitée, ouverte au doute de la pensée autant qu'à l'affirmation d'attentes vitales, Nicolas Grimaldi nous souffle que l'humanité, "c'est l'horizon sur lequel se profile la façon singulière qu'a chacun d'improviser la sienne". Cette articulation entre nos libertés et nos obligations, entre nos indifférences et nos reconnaissances, forme le coeur de la tension entre l'humain et l'inhumain, cet horizon flottant dont il appartient à chacun de conjurer les menaces.

L'Inhumain (PUF), 180 pages, 17€.

Source: lesinrocks.com