Accueil Biodiversité Humanité : et si les Indiens kogis réinventaient notre monde ?


Humanité : et si les Indiens kogis réinventaient notre monde ?

Le dernier peuple racine précolombien intact sauve la vie d’un jeune géographe explorateur, qui leur consacre désormais sa vie en leur rendant les terres perdues et volées par les violences du monde moderne. Développée dans un ouvrage étonnant, l’émouvante aventure d’Éric Julien questionne radicalement cette façon de vivre qui nous égare dans notre propre rapport au vivant. Sommes-nous perdus ?

PAR YANNICK BOUCHER Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Ils ne sont plus que 12 000 à vivre repliés dans les hautes vallées de la Sierra Nevada de Santa Marta, à l’extrême nord de la Colombie, là où s’érigent les plus hautes montagnes en bord de mer au monde, à 6 000 mètres d’altitude. Plus de 70 % des glaciers ont disparu en trente ans et les Indiens survivent, coincés entre les FARC et les paramilitaires, pillés par la guérilla, la mafia, les narcotrafiquants, les exploitants de bois précieux, les pilleurs de tombes et… les trek-touristes…

Éric Julien, que vous est-il arrivé avec les kogis ?

« En 1985, je grimpe leur montagne en expédition. Victime d’un oedème pulmonaire, ils me sauvent la vie en me soignant par les plantes et des connaissances d’un autre temps. Je leur demande comment les remercier et ils me répondent : “aidez-nous à retrouver nos terres ancestrales”. En 14 ans, notre association Tchendukua-Ici et Ailleurs aura rendu 1 800 hectares aux kogis, faisant vivre 450 personnes grâce aux dons. Avec Muriel Fifils, qui partage l’écriture de ce livre, nous avons également fondé une École de la nature et des savoirs dont le siège est à Die, dans la Drôme. Il s’agit de tisser des passerelles, comme un laboratoire du lien, vers une nouvelle éco-modernité ».

La modernité, justement. Les kogis ont-ils des choses à nous dire ?

« Ils sortent parfois de leurs montagnes pour venir en ville, à notre rencontre, tenter de dialoguer avec notre monde. Lorsqu’ils regardent ces villes immenses, ces routes et ces tunnels, pas de jugement moral, juste une question, “jusqu’où voulez-vous aller plus vite ? “, quel est le sens de votre développement frénétique ? Pour eux, nous sommes “les petits frères” et pour eux, nous nous sommes perdus. Cela dit, leur disparition est l’interrogation de notre propre système. Les kogis nous interpellent : comment remettre en place des alliances avec la nature et le vivant dans cette crise du vivre ensemble ? Comment passer de la gestion du territoire à la responsabilité du territoire, de la compétition à la coopération dans les liens sociaux ? Eux savent créer du sens et de la proximité, ces valeurs universelles dont nous nous sommes éloignés. Ils le font par un puissant système de dons et de contre dons, sans argent et sans notre violence. Quelle leçon ! ». •  

« Les Indiens kogis, la mémoire des possibles », par Éric Julien et Muriel Fifils. Éditions Actes Sud, 270 pages, 39 E.
Pour en savoir plus : www.tchendukua.com et www.ecolenaturesavoirs.com.

Source: lavoixdunord.fr

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