Accueil Biodiversité Développer une politique en faveur d'une alimentation durable !


Développer une politique en faveur d'une alimentation durable !

La capacité de la planète à nourrir ses habitants est une des préoccupations majeures récurrentes de l'humanité et qui redevient particulièrement d'actualité. Cependant, le problème ne concerne pas seulement la suffisance en ressources alimentaires, la maîtrise des échanges commerciaux, nous devons concevoir aussi une chaîne alimentaire adaptée à la satisfaction des besoins de l'homme et à la préservation de l'environnement.

Certaines préoccupations écologiques font maintenant l'objet d'un positionnement commun au sujet du maintien de la biodiversité ou de la lutte contre le réchauffement de la planète. Avant la crise actuelle, il est surprenant que la question alimentaire n'ait pas acquis le même phénomène d'urgence et le même caractère universel que ces questions environnementales. La politique alimentaire à suivre n'était pas encore au centre de nos débats politiques et les débats citoyens demeurent focalisés sur des points d'actualité tels que les OGM ou plus récemment sur l'augmentation du coût de l'alimentation.

D'un côté une partie de l'humanité souffre de la faim alors qu'une autre est exposée à une nourriture industrialisée peu adaptée à notre statut génétique de chasseurs cueilleurs. Pourtant nous savons à quel point les relations entre alimentation et santé sont mal gérées de par le monde, compte tenu du développement de l'obésité et la prévalence élevée des maladies (diabète, hypertension, pathologies vasculaires, inflammatoires, certains cancers) qui pourraient être prévenues par une bonne nutrition. De plus le système alimentaire des pays industrialisés est responsable à lui seul de plus de 30 % des émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes loin d'avoir pris l'exacte mesure des conséquences du système alimentaire auquel nous sommes exposés, un système basé sur une agriculture peu durable et trop génératrice de nuisances écologiques et sur un modèle d'alimentation occidentale caractérisé par sa richesse en produits transformés et en produits animaux, et donc bien éloigné des recommandations nutritionnelles.

Quand un citoyen entre dans un supermarché, il est confronté à l'omniprésence d'un marketing alimentaire et à des milliers de produits transformés. Dans ces conditions, à moins d'être parfaitement éclairé sur les problèmes nutritionnels et écologiques, le consommateur a peu de chance de constituer un caddy équilibré ni pour sa santé, ni pour la préservation de l'environnement. Les dangers d'une exposition au tabagisme ambiant ou à bien d'autres expositions environnementales ou sociétales néfastes commencent à être bien perçus. Curieusement, notre société n'a pas encore réellement pris conscience de l'importance du concept d'exposition alimentaire et des dérives que cela entraîne.

L'évolution de notre alimentation est souvent désignée par les plus initiés sous le terme de "transition nutritionnelle". Il s'agit de l'abandon des modes d'approvisionnement traditionnel au profit de produits transformés par l'industrie alimentaire. Cette évolution spectaculaire, en parallèle avec le changement des modes de vie, a complètement bouleversé le paysage alimentaire et la situation nutritionnelle.

D'une part la composition des aliments transformés s'est souvent beaucoup éloignée de celle des aliments naturels, d'autre part le nombre des produits transformés mis sur le marché est devenu considérable. La logique des transformations alimentaires est de fractionner, raffiner, extraire les composants énergétiques des aliments, pour ensuite les assembler, jouer sur la texture, les couleurs, le goût par divers artifices. Ce petit jeu à l'échelle industrielle pourrait paraître relativement anodin s'il n'avait pas entraîné des bouleversements majeurs sur la composition des aliments, les comportements alimentaires et la santé à long terme des consommateurs et s'il ne s'appuyait pas sur une agriculture productiviste, peu favorable à l'environnement.

UNE OFFRE ALIMENTAIRE À RISQUE

Sur la qualité même des aliments, on n'expliquera jamais assez que l'industrie alimentaire n'a aucune obligation de résultats en matière de densité nutritionnelle, mais seulement des contraintes en matière de sécurité sanitaire. Nous sommes dans le règne des calories vides, des aliments privés de leur richesse en micronutriments naturels tels qu'on peut les trouver dans les fruits et légumes, des aliments dont le goût est manipulé par les arômes, des produits soutenus par un marketing agressif.

Comment les consommateurs pourraient-ils adopter un comportement protecteur s'ils sont exposés à une multitude d'aliments de composition bien trop imparfaite. Il est clair que le foisonnement des produits transformés finit par créer une concurrence déloyale vis-à-vis des produits végétaux de base pourtant indispensables à notre santé. Si le flux des aliments et des boissons qui transitent dans un supermarché ne correspond pas aux besoins nutritionnels de l'homme, cela expose l'ensemble des consommateurs à des apports énergétiques et en micronutriments peu favorables à la préservation de la santé. Comment ne pas reconnaître qu'une telle exposition alimentaire est porteuse de dérives alimentaires et environnementales. Pourtant l'attention des pouvoirs publics demeure concentrée sur la question des étiquetages et aucun contrôle, aucune directive n'ont encore porté sur la nécessité de ne pas exposer la population à une offre alimentaire à risque.

On a jamais demandé à un supermarché des comptes sur l'équilibre global en acides gras des sources de matières grasses, ni sur la qualité de l'offre en fruits et légumes, ni sur celle du pain, ni sur les quantités de sucre, de sel cachés, ni sur les nuisances environnementales générées par l'offre alimentaire. Une industrialisation alimentaire mal contrôlée a déjà provoqué une épidémie mondiale d'obésité et favorisé l'apparition de maladies chroniques. Elle a pu prospérer grâce à la dévaluation des matières premières dans le cadre du soutien à leur agriculture des pays industrialisés, avec les conséquences néfastes que l'on sait sur les agricultures vivrières de nombreux pays. Pire les Pays occidentaux essaient d'exporter leurs modèles de consommation partout dans le monde, or une alimentation de type occidentale est bien peu économe sur le plan des ressources alimentaires ou énergétiques.

UNE RÉGULATION DES MARCHÉS AU SERVICE DE L'HOMME

Il serait temps de réagir, mais comment lutter contre la lourdeur du système alimentaire dominant. D'abord en incitant l'ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire à adopter de meilleures pratiques pour la préservation de la santé comme pour celle de l'environnement. Bien que les consommateurs aient une responsabilité essentielle dans l'avenir de la chaîne alimentaire, il n'est pas normal de les laisser livrer à eux-mêmes et de continuer à les exposer à un environnement alimentaire qui les dépasse et ne leur fournit pas les bienfaits escomptés. Un changement salutaire serait donc de concevoir l'offre alimentaire en fonction des besoins nutritionnels et en particulier de proposer des solutions nutritionnelles intéressantes adaptées à toutes les bourses et aux diverses catégories de la population. On ne peut que souhaiter une telle évolution, une régulation des marchés au service de l'homme.

D'une manière plus générale il est temps de s'engager sur la voie d'une alimentation durable. Sans un tel changement de paradigme alimentaire, aucune politique nutritionnelle valable de santé publique ne portera des fruits durables. Sans fonder les activités alimentaires autour des besoins de l'homme tels que la science a pu les explorer, il ne sera pas possible de lutter contre les maladies nutritionnelles ou de gérer à long terme la santé par l'alimentation.

Changement de paradigme pour les consommateurs, devenus enfin capables d'adopter des régimes protecteurs pour leur bien être, leur santé, pour une gestion intelligente du plaisir de manger.

Changement de paradigme pour les agriculteurs rendus responsables de l'élaboration de la qualité nutritionnelle des aliments et de la préservation de l'environnement, maître d'œuvre d'une véritable biodiversité alimentaire.

Reconnaissance du rôle essentiel d'une agriculture de proximité tournée vers la satisfaction des besoins de la population environnante et reconnaissance d'une certaine souveraineté alimentaire des régions.

Responsabilisation de l'agriculture pour son autonomie en énergie, pour son implication à la réduction des gaz à effet de serre.

Changement de paradigme surtout au niveau du secteur agroalimentaire, chargé d'exercer des activités de service à l'échelon local ou régional plutôt que d'occuper des positions dominantes au niveau national ou international.

Encadrement des activités agroalimentaires pour disposer de produits alimentaires de qualité nutritionnelle reconnue.

Education citoyenne à l'alimentation, vectrice de culture, de partage, de santé.

Reconnaissance de l'importance de nos choix alimentaires pour la préservation de l'environnement.

Soutien le plus direct possible au maintien du monde paysan et reconquête d'une partie du marché de l'alimentation par l'agriculture.

Droit pour tous de disposer des aliments de base indispensables pour bien se porter (des fruits et légumes au pain et produits animaux de qualité) et lutte contre l'alimentation à deux vitesses.

Certes des droits et des devoirs pour les citoyens mais aussi une responsabilité politique évidente dans la mise en place d'une chaîne alimentaire plus proche de l'homme et de la nature, la question alimentaire au cœur des débats citoyens, au centre de nos préoccupations écologiques et humaine.

Pour beaucoup de politiques, il est de bon ton de répéter qu'il nous faut une agriculture et une industrie agroalimentaire fortes sans aller plus en profondeur dans l'analyse de la situation alimentaire et de ses conséquences sociétales et environnementales. Il serait temps de sortir de ces sentiers battus pour réfléchir à un nouvel avenir alimentaire en organisant par exemple un Grenelle de l'alimentation.

Source:  lemonde.fr

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