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Développement durable, un rêve ?

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Afrique, Amérique de Sud, Asie... plusieurs milliards d’êtres humains aspirent à une « vie meilleure » qui est en général (c’est à dire pour une proportion majoritaire de ces personnes) symbolisée par le « modèle américano-européen » ou, en d’autre termes, par le mode de vie des populations les plus riches de la planète.

Cette aspiration est-elle légitime ?

Ce dont nous, les « plus riches », bénéficions doit-il être ou non accessible à tous ?

Le pavillon, la voiture, l’électroménager, le « high tech », le voyage plus ou moins lointain... tout cela renouvelable au gré des envies du moment et pour tous ?

Dans le principe de quel droit serait refusée aux plus « démunis » l’accession à cette « vie meilleure » ?

Rien ne pourrait justifier ce refus.

Dans les faits observons les conséquences multiples de ce « confort » dont les plus riches profitent : elles se résument pour notre substrat, la Terre, à une cohorte de pollutions graves car destructrices, de divers ordres, et sur lesquelles un retour à la situation antérieure n’est la plupart du temps pas envisageable.

Des pollutions et des destructions définitives auxquelles s’ajoutent l’utilisation effrénée de ressources qui ne sont pas renouvelables et ne sont disponibles qu’en des quantités finies.

Si des méthodes profondément différentes de celles utilisées jusqu’à maintenant pour faire émerger le niveau élevé de confort qui est l’apanage des plus riches n’apparaissent pas très vite et de façon très massive il n’y a pas gros risque à parier que les pollutions s’amplifieront tandis que de nombreuses ressources s’épuiseront encore plus vite.

Il est souvent question dans certains cercles d’une société « dé carbonée », dans laquelle le recours aux énergies fossiles serait moindre sinon nul.

Effectivement, changements climatiques et acidification des océans, en parallèle avec la perspective d’une pénurie de pétrole à venir, devraient nous pousser à adopter rapidement des méthodes différentes.

Il existe cependant de très nombreuses sources de carbone (gaz de schiste, charbon, gaz, hydrates de méthane...) qui sont autant de réservoirs d’énergie capables, de façon plus ou moins simple et coûteuse, de suppléer à un manque de pétrole : ce dernier ne marquera donc pas la fin de nos sociétés « carbonées ».

Tout au plus les handicapera-t-elles plus ou moins durement pour un temps.

Le recours au charbon semble demeurer très général en dépit de ce que nous savons de la nocivité de nos émissions de CO2 : la Chine et l’Inde projetteraient de construire environ 800 centrales au charbon dans les 20 prochaines années.

On estime que la Chine, à elle seule, pourra absorber l’intégralité de la production australienne, qui est à ce jour en plein développement, dans les années à venir.

Un charbon indispensable à la production d’un acier dont la demande ne faiblira évidemment pas : il est indispensable à la construction d’infrastructures, d’équipements de toutes sortes et des centaines de millions de voiture dont rêvent ceux qui n’en n’ont pas encore.

Côté infrastructures fabriquer du béton, c’est porter à haute température des minéraux : c’est une consommation importante d’énergie, de carbone, qui se retrouve dans l’atmosphère...

Les voitures, même si elles sont plus ou moins économes, consommeront de très grandes quantités de carburant car même si le concept de « véhicule électrique » fait florès sur un certain nombre de blogs souvenons-nous qu’il s’est vendu en France en 2009, à des particuliers, 14 voitures électriques.

Il faudra longtemps pour que le parc soit majoritairement électrique.

Et avant qu’une portion majeure de l’électricité produite le soit via des sources véritablement « renouvelables » c’est au charbon que l’on aura massivement recours...

Bien évidemment on peut imaginer que les voitures ne seront plus essentiellement constituées d’acier : et l’aluminium ?

Mais la production de ce métal ne peut être réalisée sans de très grandes quantités d’électricité.

En matériaux composites alors : mais ce sont tous (ou de façon extrêmement majoritaire) des dérivés de ressources fossiles carbonées et tous nécessitent pour leur fabrication d’importantes quantités d’énergie.

Combien de nouvelles mines de cuivre (entre autres métaux) faudra-t-il mettre en exploitation pour alimenter la fabrication de ces centaines de millions de voitures, d’appareils d’électroménager, de gadgets high tech de toutes sortes... ?

Quelles seront les conséquences environnementales de ces nouvelles exploitations qui, bien évidemment, consommeront de très grandes quantités d’énergie et donc généralement de carbone... ?

Limiter sévèrement ces conséquences environnementales aura d’évidentes répercussions sur les prix des matières premières mais les tensions sur les prix étant d’ores et déjà très nettes il y a de fortes chance pour que l’on ne se montre pas réellement sévère...

Nous assistons actuellement à un combat silencieux pour l’accès aux terres rares, pour lesquelles la Chine dispose d’énormes ressources, probablement les plus importantes au monde, et qui sont indispensables dans un grand nombre de secteurs.

Des tensions similaires existent pour un certain nombre d’autres minerais et il n’y aura pas grand risque à parier qu’elles ne cesseront de s’accroître.

Tout ceci nous décrit un monde dans lequel chacun tentera de s’approprier « au meilleur prix » quantités de ressources, ceci pour accéder à un mode de vie dont nous avons vu qu’il était largement destructeur du fait des méthodes utilisées pour y accéder mais également du fait qu’il repose très largement sur le fait que « chacun » pourrait disposer d’un très grand nombre d’accessoires et de possibilités qui ne sont pas tous « vitaux » (se déplacer fréquemment, parfois loin, disposer d’une piscine...).

Cette description du monde n’est pas du tout celle d’une terre où le développement serait « durable », bien au contraire, et si des formules comme « du local au global » font largement débat dans divers cercles cela ne signifie en rien que ce qui devrait changer pour conduire à ce fameux « développement durable » pourra se produire.

Car au niveau local comme au niveau global « tout le monde » continue à vouloir pouvoir construire un mur en parpaing autour de son pavillon, à changer de téléphone portable dès qu’apparaît un nouveau modèle, à passer une semaine de vacances à l’autre bout de la terre...

Autant de pratiques qui, si on les examine bien et en tenant compte des ordres de grandeurs mis en jeu (un peu de ceci et de cela pour chacun, mais multiplié par des millions chaque jour), sont de grosses consommatrices de ressources et de fortes sources de pollution.

Finalement c’est l’ensemble de notre mode de vie, et surtout des bases matérielles de notre mode de vie, qui est en cause : si nous persistons à vouloir de tout tout le temps rien ne peut s’opposer à ce que d’autres aient de mêmes souhaits.

Si ces « autres » ont véritablement ces mêmes souhaits, ce qui semble bien être un cas très général, et comme nous ne disposons pas de « solutions de rechange » véritablement opérationnelles pour que les méthodes qui permettent d’accéder à ce « bien être matériel » qu’on nous envie deviennent très rapidement (presque du jour au lendemain) économes en ressources et n’aient pas d’effets néfastes sur l’environnement, comme enfin ces « autres » sont extrêmement nombreux nous allons droit vers un monde encore plus « compétitif » (on peut même redouter qu’il le devienne sous une forme encore plus « rageuse » qu’actuellement...), plus pollué, plus bouleversé du point de vue climatique, politique, social...

Si, dès demain matin, nous ne savons pas faire pousser des téléphones portables, juste en semant une graine, comme pousse (encore librement parfois) le chiendent au bas côté de certaines routes, et si nous voulons tous chaque année un nouveau téléphone, le monde, bientôt, ira très mal !

Sur cette image, et à moins de revirements massifs et profonds dans les mentalités, il me faudrait probablement conclure que le développement durable aura été le joli rêve de certains à un certain moment de l’humanité...

Là j’entends déjà applaudir les adeptes de la « simplicité volontaire » ou de quelques « décroissances », les défenseurs des « initiatives individuelles pour sauver la planète », les « fermeurs de robinet après s’être lavé les mains » et autres « éteigneurs de lumière quand on quitte une pièce »...

Mais oui, bien sûr, ils ont plus ou moins un fragment de la bonne formule tous mais... combien de divisions face à la multitude et quelles solutions concrètes pour que chacun puisse vivre décemment ?

Car les ordres de grandeur parlent et ce qu’ils nous disent aujourd’hui est que nous allons de plus en plus vite dans une direction néfaste.

Fabriquer moins de voitures ?

Mais on a vu que si nous en possédons une chacun peut prétendre à cette possession et d’autre part combien d’emplois seront supprimés, combien ne seront pas créés ?

Emplois : se loger, manger, vivre... mais aussi pour chaque pays « tenir sa place dans la compétition internationale » telle qu’elle existe aujourd’hui, condition sans laquelle tout pays irait à sa ruine, « globalisation » oblige et à laquelle aucun pays ne peut a priori se soustraire.

Ceci peut-être à moins qu’un pays veuille, dans une unanimité solide, adopter un mode de vie plus ou moins proche de celui du Bhoutan, où l’espérance de vie n’atteint pas des records mais où le « Bonheur National Brut » serait assez élevé, avec un niveau d’autarcie assez grand...

Mais si un seul pays prend cette voie cela ne résoudra rien du point de vue global (émissions de CO2 par exemple) et son seul espoir de ce point de vue pourrait être que son exemple soit suivi par d’autres : il faudrait alors que sa réussite dans ce domaine très hétérodoxe soit particulièrement éclatante !

La question est donc posée : quelle « formule » économique et sociale, qui convaincrait vite une forte majorité, pour que nous puissions être (devenir) à la fois « heureux » et « durables », chacun et tous sur Terre ?

Aussi longtemps que nous n’aurons pas défini le schéma d’une société reposant sur cet « autre équilibre économique et social » la locution « développement durable » risque de demeurer assez creuse car d’un impact négligeable dans les faits...

Un rêve donc...


Source: agoravox.fr
Le développement durable est une notion récente qui désigne des actions visant à concilier le monde de l'économie, avec celui de l'écologie et celui du social. Pour vous :