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L'exercice physique protège-t-il de l'ostéoporose ?

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La réponse du Dr Laurence Vico, directrice de recherche Inserm, directrice de l'unité inserm 890 «Contraintes mécaniques et tissu osseux», Saint-Étienne.

Un rapport récent de l'OMS souligne l'importance capitale de l'activité physique dans la prévention du surpoids et de nombre de maladies chroniques. Or l'homme moderne a modifié considérablement son comportement. «Au XXe siècle, notre mode de vie a été bouleversé, qu'il s'agisse des transports, des tâches ménagères, du travail, l'activité physique en a été éliminée, nous obligeant à découvrir à quel point cette activité est nécessaire à notre santé et à notre bien-être», expose le rapport en introduction. Pour les experts, trente minutes par jour d'activité physique modérée (marche rapide, vélo, natation, jardinage) sont un niveau moyen nécessaire.

Le squelette sous contraintes 

Au cours de l'évolution, l'appareil locomoteur humain (fait unique chez les primates) s'est adapté à la course d'endurance. La course expose le squelette à des contraintes élevées, surtout lors de l'impact au sol, produisant une onde de choc qui traverse le corps du talon en passant par la colonne vertébrale jusqu'à la tête. On sait, d'après les études réalisées sur les sportifs de haut niveau, que ce sont les sports à impacts (course, sauts, tennis…) ou à charge élevée (haltérophilie) qui sont les plus efficaces pour le squelette, surtout aux segments exposés à la contrainte. Le tennis, par exemple, a permis de mettre en évidence des gains de contenu minéral osseux de plus de 30 % entre bras dominant et non dominant. En revanche, chez les nageurs, les charges développées par les mouvements des membres inférieurs contre la résistance de l'eau et les contractions musculaires qui les génèrent sont insuffisantes pour induire un gain osseux.

Activité intense 

Donc, l'effet des muscles aux points d'ancrage sur l'os a un retentissement qui dépend de la fonction d'os porteurs du site considéré. Ceci se vérifie également chez les spationautes qui présentent une perte osseuse des membres inférieurs malgré la pratique intense d'exercices. Toutes ces études indiquent que c'est la différence entre un état habituel et mis en charge qui constitue le paramètre décisif.

Le squelette est vivant et se renouvelle en permanence. Avec l'âge, ce remodelage se déséquilibre et engendre un bilan tissulaire négatif. Quand la fragilité osseuse est trop importante, on passe de l'ostéopénie (du grec ostéon, os, et penia, pauvreté, insuffisance) à l'ostéoporose avec son cortège de fractures.

Deux stratégies non exclusives permettent de lutter contre l'ostéoporose : augmenter le capital osseux à la fin de la croissance ou freiner la perte osseuse qui débute dès l'âge adulte. L'activité sportive selon les critères précédemment définis maximise le capital osseux en période prépubertaire. Chez les adultes et les femmes ménopausées, l'activité physique en charge permet d'infléchir la pente de perte osseuse, mais les bénéfices ne perdurent pas à l'arrêt de la pratique.

Les études épidémiologiques suggèrent qu'il faut une activité physique intense (la marche n'est pas suffisante) et continue et un taux de calcium alimentaire suffisant pour diminuer le risque de fracture. Chez les personnes âgées, des programmes adaptés de gymnastique ou de marche n'apportent pas de gain osseux. En revanche, ils améliorent le tonus musculaire, la fonction cardio-vasculaire, l'équilibre et les postures limitant le risque de fracture par chute. Chez les personnes âgées a fortiori ostéoporotiques, une activité sportive peut être difficile à pratiquer, voire dangereuse. Or les signaux anaboliques ne seraient pas uniquement ceux qui engendrent des forces et donc des déformations élevées : des signaux à hautes fréquences et faibles déformations, ou vibrations auraient aussi un potentiel ostéogénique.

Vibrations 

Actuellement, nous menons avec l'unité Inserm que je dirige, «Contraintes mécaniques et tissu osseux», des recherches chez des femmes âgées, non sportives et ostéopéniques pour établir si les vibrations générées par des plateaux vibrants sont bénéfiques au niveau osseux, musculaire et postural. Si elles s'avèrent efficaces, il faudra en définir les modalités (fréquences, accélérations, temps d'application) selon les populations cibles, car, comme pour les activités sportives, une pratique mal gérée pourrait être néfaste.

Les vibrations du corps entier pourraient offrir une alternative pour les sujets fragiles, polymédicamentés ou avec certains handicaps. Elles pourraient également potentialiser les effets des médicaments antiostéoporotiques pour lesquels les durées de traitement et les séquences d'application selon leur mode d'action (antirésorbants et/ou proformateurs) ne sont pas encore arrêtées.

Source:
http://www.lefigaro.fr/sante/2010/10/10/01004-20101010ARTFIG00220-l-exercice-physique-protege-t-il-de-l-osteoporose.php