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Du plomb dans des plantes qui dépolluent

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Expérience de phytoextraction du plomb par du sarrazin. Jardin partagé des Eglantiers, Nantes. DR

Certains végétaux peuvent assainir les sols. C’est ce que l’on appelle la phytoremédiation. Un programme de recherche a été lancé dans les potagers de plusieurs villes autour de cette technique.

“La plus grande biodiversité sur notre planète se trouve dans les sols”, affirme Thierry Lebeau, microbiologiste, enseignant-chercheur au Laboratoire de Planétologie et géodynamique de Nantes (LPG-Nantes). Il participe au projet JASSUR (1) dont il gère le volet dépollution des sols. Pour les chercheurs, il s’agit de mieux identifier et, le cas échéant, de restaurer les services écosystémiques rendus par les jardins potagers en ville (2). Dans le cadre du réchauffement climatique, à l’heure où les villes doivent se densifier, l’état de la biodiversité en ville devient un véritable enjeu. “Nous n’avons pas encore les résultats définitifs de nos travaux, mais il semblerait que ces jardins potagers en ville soient le berceau d’une biodiversité plus riche que celle des terres agricoles sollicitées de manière intensive depuis des décennies, explique Thierry Lebeau. Si vous avez 2 000 parcelles dans une ville, vous allez avoir 2 000 jardiniers, et donc autant de pratiques et de diversité. A la campagne, la même superficie sera cultivée par quelques agriculteurs ayant des pratiques similaires.”

Exit donc l’idée selon laquelle la ville serait un No man’s land pour la Nature. Une biodiversité que l’on pourrait qualifier de “banale”, faite d’insectes et de micro-organismes invisibles à l’oeil nu, de plantes habituellement appelées “mauvaises herbes”, etc., est bien présente. Tout n’est pas rose pour autant. A commencer par la conservation de cette biodiversité. Pas toujours évident dans un contexte où les pollutions sont multiples et variées.

Phytoremédiation

Une des techniques à l’étude pour préserver la biodiversité urbaine est celle de la phytoremédiation. Thierry Lebeau : “L’idée consiste à utiliser certaines plantes pour dépolluer les sols des jardins potagers.” Les chercheurs se penchent notamment sur l’interaction entre certaines plantes et les métaux lourds, connus pour être des polluants particulièrement toxiques. “Les métaux lourds, comme le cadmium, le plomb ou le mercure sont très denses. Ils sont donc très nocifs même à faible dose, explique Thierry Lebeau. Et ils ont la particularité de n’avoir aucune utilité dans le monde vivant. Personne n’a besoin d’eux ! ”

La phytoremédiation consiste donc à planter des végétaux qui vont capter ces métaux lourds dans le sol. Comment ? En puisant l’eau - qui contient entre autres ces métaux lourds - à travers les racines. Une fois dans la plante, les métaux sont transportés jusque dans les parties aériennes (les feuilles) pour y être stockés après avoir été “complexés” par des métallo-protéines qui les rendent inertes et donc inoffensifs pour les végétaux. A terme, il suffit d’arracher les plantes. On obtient ainsi un sol à la biodiversité restaurée.

“Nous avons fait des essais avec du sarrasin dans des jardins partagés de Nantes, explique Thierry Lebeau. Nous avions lu une publication japonaise intéressante sur ce sujet qui mentionnait les capacités de cette plante à accumuler le plomb. Mais les résultats se sont avérés un peu décevants. Nous sommes en train de tester la moutarde indienne qui est réputée être une plante hyper accumulatrice de certains métaux.”

Deux méthodes

La phytoremédiation semble donc un remède idéal - a fortiori durable - pour dépolluer les sols. Mais il y a un hic : le processus est lent. “Dans certains cas, il faut compter dix ans pour dépolluer un site”, confirme Thierry Lebeau. Dans une ville, de tels délais sont difficiles, voire impossibles, à envisager. D’où la difficulté pour la phytoremédiation à percer comme pratique de dépollution “douce” des sols. Les chercheurs imaginent deux pistes possibles pour remédier à ce problème de temps. Méthode numéro un : diminuer le pH des sols, autrement dit augmenter leur acidité. Pour cela, on apporte de la matière organique : de l’azote sous forme d’ammoniac. Le phénomène va rendre les métaux très solubles, et lorsqu’ils sont en plus grande quantité dans l’eau, ils sont pompés par les racines des plantes. Méthode numéro deux : dépolluer en interculture tout en poursuivant la culture de plantes non accumulatrices de métaux en saison, de façon à ne pas immobiliser le jardin durant la période de dépollution. Thierry Lebeau : “Nous menons une expérimentation participative avec des jardiniers. Entre l’automne et le printemps, ils dépolluent. Et entre le printemps et l’automne suivant, ils produisent des légumes qui n’accumulent pas le plomb. Comme les tomates, les aubergines et les courgettes."
Source et suite de l'article: culturesciences.fr