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Rendu public du rapport de Mission Sivens

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La Ministre de l’Ecologie vient de rendre public le rapport de mission Sivens. 
Humanité et Biodiversité salue la qualité de ce document et la concertation qui l’a accompagné, et ce dans le douloureux contexte provoqué par la mort de Rémi Fraisse.


Les deux auteurs mettent en évidence les fautes graves de la démarche antérieure, en particulier sur deux points essentiels :
- D’une part la capacité initiale de la retenue : si retenue il y a, elle est réévaluée à 750 000 m3 au lieu de 1,5 Mm3, c’est à dire une baisse de -50%, on est bien au delà de l'épaisseur du trait ! 
- D’autre part il n'y avait aucune analyse comparative dans l'Etude d’Impact initiale, le rapport présente dorénavant une analyse de variantes, avec deux solutions préconisées. 
Cela confirme, si nécessaire, l’importante carence de l'avis de l'Autorité Environnementale locale avant enquête publique, qui n'avait rien dit sur cet aspect de la gestion de la ressource en eau, pourtant essentiel, et dont l’analyse comportait de nombreuses lacunes.

Mais au delà de ces deux points il y a une question lourde que souligne cette phrase : "L’hydrologie du Tescou a été étudiée pour comprendre les raisons de la baisse de 45 % des volumes annuels écoulés en 40 ans". Cette baisse spectaculaire de 45% ne peut qu’étonner au vu de projets de retenues et surtout le rapport souligne que la situation est comparable dans d'autres bassins voisins (cf. l'affirmation de l'annexe 4:"Un examen rapide de plusieurs bassins versants de caractéristiques voisines (Vère, Lère, Barguelonne et Lemboulas) montre une évolution des débits du même type, avec des variations spécifiques, mais similaires, tant pour les écoulements annuels, que pour ceux d’étiage."
Les explications sont données et argumentées dans le rapport, avec une part liée à l'augmentation des températures et donc de l'évapotranspiration, et une autre à l'augmentation des prélèvements, soulignant au passage que les données disponibles sur les prélèvements sont biaisées, d'où l'importance de la police de l'eau.
Face à ce constat, il est maintenant indispensable de faire des évaluations semblables sur les autres sous-bassins importants du bassin Adour Garonne, sinon d’autres conflits sont à craindre. C'est un point essentiel qui relève du SDAGE et justifiera sans doute de le revoir.

Nous ne sommes donc pas seulement dans une situation où "les écolos" demandent de la protection que "les agriculteurs" jugent non fondée. Nous sommes dans une situation où la baisse de la ressource (due pour partie à de la surconsommation, et pour partie au changement climatique) impose de changer de modèle et de projet de territoire si l’on veut maintenir une activité économique, légitime, et maintenir la biodiversité, autre objectif légitime.

Humanité et Biodiversité rappelle qu’au-delà de ce cas de Sivens, et de l’ensemble du bassin Adour Garonne, le rapport conforte les enjeux liés aux chantiers ouverts que sont la modernisation du droit de l’environnement et l’amélioration de la démocratie participative. En effet, la qualité de ce processus de conciliation a posteriori souligne, s’il en est encore besoin, les défauts de la procédure antérieure, notamment l’avis de l’Autorité Environnementale locale qui n'a rien dit ou rien vu, et l’absence d'élargissement de la démarche au niveau du bassin (SDAGE), avec les expertises et concertations voulues. Deux points clefs à réformer.
Lors du dernier Conseil National de la Transition Ecologique, la Ministre a annoncé le lancement prochain des travaux. Il faut maintenant démarrer. Humanité et Biodiversité attend un portage politique ambitieux, à hauteur des enjeux.

Quant à Sivens, le projet actuel ne peut-être maintenu, souhaitons que les acteurs locaux trouvent un compromis sur la base des solutions proposées par le rapport.

Source: Humanité-Biodiversité.fr