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Découvrez les arbres sauveurs, capables de transformer le carbone en calcaire

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Découvrez les arbres sauveurs, capables de transformer le carbone en calcaire
(De jeunes noyers Maya avant leur distribution. Crédit photo : JP Beau-Douëzy)
Ils s'appellent noyer Maya ou iroko africain et captent le CO2 pour le transformer en calcaire. En Haïti ou en Inde, ils sont plantés par milliers pour aider la reforestation et l'agriculture locale.

Noyer Maya latino-américain, iroko africain. Ces arbres, dont le nom ne vous dit sûrement rien, sont pourtant capables de prodiges. Ce sont des arbres oxalogènes, qui captent le CO2 émis dans l’atmosphère pour le transformer en calcaire. Eric Verrecchia, professeur à l’université de Lausanne, a fait cette découverte... en 1990. « L’arbre, qui fait sa photosynthèse, va produire un sel à l’intérieur de ses feuilles, ses branches, ses racines : l’oxalate de calcium, explique-t-il. Quand l’oxalate se retrouve dans le sol, via les racines ou la chute des branches et des feuilles, il est mangé par les bactéries et les champignons. Ils transforment alors l’oxalate en carbonate. »

Du calcaire accumulé à la base d’une souche d’iroko. Crédit photo : Groupe Biogeosciences Uni-Lausanne.

La découverte a suscité l’attention du bureau d’études Greenloop et de son projet de recherche européen, CO2SolStock, sur les solutions durables de stockage du carbone. « Un iroko peut stocker jusqu’à 21kg de CO2 par an sous forme de carbonate », s’enthousiasme Gauthier Chapelle, co-fondateur de Greenloop. Il resterait ensuite dans le sol pendant plus de dix mille ans. Seul bémol : il faudrait patienter des dizaines d’années avant que l’arbre, arrivé à maturité, fabrique du calcaire et stocke le carbone. « Mais c’est un arbre qui vit très longtemps, des centaines d’années », rassure Gauthier Chapelle.

La noix, un fruit très nutritif

Ne reste plus qu’à mettre la théorie en application. Porté par Greenloop et les recherches d’Eric Verrecchia, c’est Daniel Rodary qui prend le flambeau sur le terrain. Ecologue de formation, il représente l’association Biomimicry Europa, ambassadeur du biomimétisme, une démarche qui consiste à s’inspirer de la nature pour trouver des solutions durables aux problèmes humains. En 2011, il met le cap vers Haïti, ses terres arides et ses problèmes de malnutrition. Le programme a un nom qui fait rêver, Arbres sauveurs. Son objectif : la reforestation, par des méthodes d’agro-foresterie associant arbres et agriculture locale, grâce aux arbres oxalogènes. L’heureux élu est le noyer Maya, un arbre d’Amérique latine. En trois ans, 80 000 graines ont été plantées, grâce à deux finançeurs (Fondation Yves Rocher et société Jean Hervé), puis les plants donnés aux particuliers volontaires. « On fait en sorte que les gens plantent ces arbres dans leur jardin et qu’ils les gardent, témoigne Daniel Rodary. Des arbres qui seront bons pour eux et leurs enfants. » Pour l’instant, le calcaire n’a pas fait son apparition aux pieds de ces arbres encore jeunes. Mais différentes cultures ont déjà été plantées sous les noyers Maya, comme des courges ou du maïs. Car les arbres oxalogènes, grâce à leur fabrication de carbonate, permettraient aussi de rendre les sols moins acides et donc plus fertiles. Accompagnés par des ONG locales, les Haïtiens sont par la même occasion formés à des techniques simples d’agro-foresterie et de permaculture.

Les femmes, elles, bénéficient de cours de cuisine. La noix du noyer Maya, très nutritive, peut être transformée en farine et incorporée dans des recettes traditionnelles. Son goût de chocolat, après torréfaction, a même valu au Noyer Maya le surnom local de « chokogou ». Des « chokogous » qui s’ancrent dans les mœurs haïtiennes. « Des groupes de fermiers viennent chercher des graines et après se débrouillent par eux-mêmes, se félicite Daniel Rodary. Le programme commence à nous échapper et c’est excellent ! »

Planter, oui, mais en arrêtant d’émettre du CO2

Fort de ces débuts prometteurs, le programme Arbres sauveurs a fait des petits dans d’autres pays. A l’automne, il s’étendra vers le Mexique. En Inde, 5 000 arbres ont été plantés, près de Pondichéry, pour essayer de redonner vie à la savane tropicale sèche. Mais là, pas de noyer Maya ni d’iroko d’Afrique. A chaque espace son arbre oxalogène approprié. « On en trouve sur tous les continents. », assure Daniel Rodary. Mais toutes les forêts ne sont pas aussi efficaces pour capturer le CO2. « Dans les zones tempérées, il pleut sans doute un petit peu trop pour que le processus fonctionne », explique Eric Verrecchia. Sur les côtes méditerranéennes, le cactus pourrait malgré tout tirer son épingle du jeu.

Attention quand même, si ces arbres sont capables de stocker le CO2 atmosphérique pendant des milliers d’années, ils ne justifient pas les nouvelles émissions des hommes. « Une centrale à charbon de taille moyenne émet, en moyenne, 4 millions de tonnes de CO2 par an, martèle Gauthier Chapelle. Pour les fixer, il faudrait 1 million d’hectares d’iroko pur. Soit la forêt des Landes... »

Source: Terraeco.net