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Le Cyclop

Le Cyclop, également connu sous le titre du Monstre et de la Tête, est une sculpture-architecture du sculpteur suisse Jean Tinguely. L’œuvre est située dans le bois des Pauvres à Milly-la-Forêt.

Le Cyclop, sculpture habitable faite de béton et de fer, mesure vingt-deux mètres de haut et pèse autour de trois cents tonnes.

Il s’agit d’une tête à l’aspect d’un cyclope. Le monstre possède un œil unique. Au centre de son visage, une bouche béante laisse sortir une immense langue-toboggan qui retombe au sein d’un petit bassin rempli d’eau.

Au départ, l’aspect formel s’apparentait à un visage humain. Un modèle daté de 1970, réalisé par Tinguely et Niki de Saint Phalle, permet de comprendre l’évolution artistique du projet. Il présente une tête avec deux yeux. La maquette permet également de remarquer l’importance de la couleur initialement prévue : le visage est jaune, les yeux de différentes couleurs et les lèvres rouges. Cela rappelle les Nanas très vives de Niki de Saint Phalle. Finalement, l’artiste ne fera pas le choix de la couleur. À partir de 1987, Niki de Saint Phalle commence à tapisser la face de milliers de petits miroirs. En 1991, la surface est entièrement "miroitée". Le choix des miroirs permet de refléter la forêt et ainsi ancrer l’œuvre dans son contexte environnemental.

Imbriqués dans la sculpture, quatre chênes centenaires font partie intégrante de l’œuvre.

Sur le côté droit du Cyclop est visible l’Oreille du monstre. Cette composante de la sculpture est réalisée par le sculpteur suisse Bernhard Luginbühl. L’Oreille oscille lorsque le système interne de la sculpture-architecture est activé.

L’entrée principale se situe au dos du Cyclop. Elle est accessible par une porte, très lourde, imaginée par Luginbühl. La porte, de forme ronde, est constituée de puissantes cornières de fer croisées à angle droit.

Au-dessus de cette entrée est visible un gros tuyau. Il s’agit d’un conduit d’aération du Centre Pompidou que Pontus Hultén a donné à Tinguely.

L’intérieur de la sculpture-architecture se compose de trois niveaux. Le premier étage possède un carrelage en damiers noir et blanc réalisé par Niki de Saint Phalle en 1992. Cela rappelle notamment le drapeau à damiers des circuits automobiles que Tinguelyaffectionnait. Au deuxième étage, Tinguely a construit une machine issue de sa série des Méta-Harmonie (œuvres gigantesques composées de roues de tailles diverses mises en mouvement par des moteurs). La Méta-Harmonie est l’organe d’où part toute l’animation de la sculpture. L’œuvre active un circuit dans lequel dégringolent des boules d’aluminium de 35 cm de diamètre qui parcourent toute l’architecture. Cet immense rouage entraîne le mouvement des différents éléments mobiles du Cyclop (Oreille, sièges du théâtre). L’ensemble crée un son sourd et retenu, rehaussé de coups plus stridents. Enfin, au troisième étage, un petit théâtre a été installé.

Le Cyclop se nourrit également de réalisations créées par des artistes antérieurs.

Niki de Saint Phalle fait découvrir à Tinguely le Facteur Cheval. Suite à la visite de son Palais idéal, à Hauterives, dans la Drôme, Tinguely reconnaît que « le facteur Cheval a fait son Palais idéal tout seul. Il a travaillé trente-huit ans à peu près… c’est une personnalité que je considèrerai comme un Saint ».

D’autres réalisations l’ont également stimulé : les jardins de Bomarzo, en Italie, la Sagrada Familia et le parc Gaudi, à Barcelone ou encore les Watts Towers de Simon Rodia, près de Los Angeles. Toutes ces réalisations étaient connues de l’artiste qui les avait visitées.

La construction a pris de nombreuses années.

Tout d’abord, la question du terrain s’est posée. La volonté initiale de l’artiste était d’installer sa construction dans un pays lointain isolé de la civilisation. Il souhaitait l’introduire dans « des régions peu peuplées où existaient encore des terrains vierges tels la Sicile, les Pouilles, le Sud de la France ou l’Afrique du Nord ».

Finalement, le terrain se situera au sud de Paris pour des raisons pratiques. Cela facilite l’accès pour les collaborateur. En outre, le choix du lieu est lié à la vie de Tinguely. Depuis 1963, l’artiste a acheté avec Niki de Saint Phalle l’ancien bar-dancing « Au Cheval blanc » situé à Soisy-sur-École. Le couple possède également une ancienne commanderie des Templiers à Dannemois qui leur servait d’atelier.

Niki de Saint Phalle se rappelle du contexte d’achat du terrain : "Nous avions peu d’argent. Comment acheter un terrain ? L’idée nous est venue des bois près de Milly-la-Forêt, à côté de là où on habitait. On n’a pas le droit de construire, donc les terrains se vendent pour presque rien. Nous avons été voir le maire de Milly-la-Forêt […] Il nous conseilla de ne demander aucune permission officielle, car elle serait automatiquement refusée, mais de commencer en douce et lui fermerait les yeux.[..] Une fois qu’on avait acheté le terrain, on a décidé qu’on ne voulait pas être propriétaires, puisque nous allions demander à d’autres artistes de participer […] Jean pensa que ce serait une bonne idée de donner le terrain à la personne la plus riche que nous connaissions. Nous avons pensé tout de suite à notre grand ami Jean de Menil. Il était d’accord et a même ajouté un petit bout de terrain qu’il a acheté. Aujourd’hui, Dominique de Menil a donné le terrain à la France".

Le Cyclop sera construit de manière continue durant la carrière de l’artiste. De 1969 à 1994, Tinguely et ses amis artistes réalisent l’ensemble des gros travaux.

En juillet 1970, Tinguely engage Seppi Imhof en tant que soudeur professionnel suite à une petite annonce que l’artiste avait déposée dans le journal de Berne. Seppi Imhof contribuera par la suite à de nombreux projets artistiques de Tinguely en tant qu’assistant.

Une autre période importante dans la réalisation du Cyclop se situe, quant à elle, au début des années 1980. Virginie Canal dans son ouvrage Le Cyclop note que l’œuvre doit faire face à "plusieurs incidents et cas de vandalisme, ce qui empêche l’avancée des travaux".

Niki de Saint Phalle se souvient également de cette époque : "Des voyous du coin avaient découvert la Tête, c’était leur fief. Une longue lutte entre Jean et eux était amorcée".

Dans une interview donnée en 1991, Tinguely souligne les solutions envisagées pour répondre à ces agressions. "J’ai donné l’ordre : on va bétonner, on va planter des mauvaises herbes. On va angkorvatiser, comme au Cambodge. J’ai mis dans la Tête des poches de terre pour que les mauvaises herbes puissent pousser. On voulait tout bétonner et faire une entrée secrète par en-dessous"15.

Une des solutions envisagées à l’époque est de transporter le Cyclop dans le parc de Saint Cloud. En 1984, Tinguely et Seppi Imhof réalisent un plan détaillé afin de démonter, transporter et remonter correctement la sculpture16.

Le Cyclop est finalement donné à l’État français. En 1987, l’œuvre est confiée à l’État en contrepartie de sa conservation. Il est décidé, que lorsque l’œuvre sera terminée, elle sera ouverte au public. En 1994, les premiers publics peuvent y entrer.

Le Cyclop est un travail monumental qui a nécessité la collaboration de plusieurs intervenants.

Le chantier de la sculpture est animé par quatre artistes en plus de Jean Tinguely : Niki de Saint Phalle, Bernhard Luginbühl ainsi que les deux assistants de l’artiste, Rico Weber et Seppi Imhof. Il s’agit d’une entreprise collective où chacun des artistes sollicités pouvait créer sans trop tenir compte de ce que feraient les autres.

La Tête, en plus d’être une sculpture, est un musée. Sur les trois niveaux, Tinguely « aménage des espaces idéaux pour des œuvres commandées à ses amis ». À l’intérieur de la sculpture-architecture est visible une vingtaine d’œuvres d’artistes de la seconde moitié du xxe siècle.

À l’intérieur du Cyclop, Tinguely a souhaité rendre hommage aux artistes qui ont marqué sa carrière artistique. Le sculpteur suisse aime les autres artistes. Il aime leurs œuvres.

Le Cyclop présente ainsi trois œuvres de Tinguely dédiées à trois artistes majeurs du xxe siècle : Kurt Schwitters, Marcel Duchamp et Yves Klein.

Pour Tinguely, "Schwitters et Duchamp […] c’était l’esprit de la liberté, la joie d’entreprendre avec tout". Yves Klein, quant à lui, fut l’un des amis intimes de l’artiste.

Au niveau du théâtre, Tinguely a réalisé un Méta-Merzbau. Par cette œuvre, il souhaite évoquer le Merzbau, œuvre de Schwitters, qui consistait en une construction habitable de dimension variable réalisée à partir d'objets trouvés. Tinguely a très tôt connaissance de cet artiste. Lors d’une interview de 1976, le sculpteur revient sur sa formation à l’École des Arts décoratifs de Bâle. Cet enseignement l’a profondément influencé. Il reconnaît que "c’était une révélation. En fait, ce fut un bienfait que d’être vidé de mon apprentissage de décorateur chez Globus, et de pouvoir profiter de cette incroyable révélation, pour moi […] Julia Ris, qui était prof, remplie de l’esprit du Bauhaus, me posait évidemment des problèmes, elle s’intéressait à moi dans ce sens qu’elle me demandait de temps en temps : Ah ! Vous connaissez Schwitters, vous ? Et je ne connaissais pas. Qui connaît Schwitters à dix-sept ans ? Et alors elle m’apportait des journaux, elle m’initiait".

Au niveau de l’entrée du Cyclop, Tinguely a installé un ready-made. En référence à Marcel Duchamp, il s’agit d’une Broyeuse de chocolat.

Au sommet du Cyclop un grand bassin est rempli d’eau. Il s’agit de l’Hommage à Yves Klein. L’eau reflète le ciel bleu ce qui rappelle les Monochromes de Klein. Tinguely souhaitait réaliser une œuvre « digne de cet homme qui rêvait d’un art immatériel fait de sensibilité pure, lui qui affirmait volontiers que la Terre est plate et carrée, quitte à débattre  la question toute une nuit […] une surface sobre et grandiose, projetée au-dessus du monde dans le salut d’un grand artiste à un autre […]"

Source: Wiki